Isabelle guérie d'un lymphome

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Isabelle a eu un lymphome en 2011. A l’époque elle était maman de deux petites filles dont la dernière avait 9 mois. Après 6 mois de chimio, elle a repris son travail avec une conscience des priorités dans sa vie. 10 ans après elle est en bonne santé et a créé son entreprise.

 

Le fait aujourd’hui d’avoir décidé de créer ma société pour faciliter la transition écologique, c'est l'écho, je pense assez lointain, de ce dont j'ai pris conscience il y a 10 ans, quand j'ai découvert que j'étais malade, que ma vie à moi, la vie d'Isabelle Viennois et bien il n’y en aurait qu’une sur cette terre, et que cette vie, je l'aimais et que j'avais envie d'en faire quelque chose.

A 34 ans, elle j’étais à fond dans le boulot, consultante, working girl, dans la performance qui mène tout de front. Et le lymphome est arrivé, c’était il y a 10 ans.

J’ai eu la chance d’être rassurée assez vite par des médecins très attentifs, très chaleureux, donc je suis passée en une semaine, en 10 jours, d'un état de choc où j'étais totalement tétanisée où je voyais la mort en face, je me disais je vais peut-être mourir dans trois semaines, dans 3 mois

Je suis donc passée à un état, 10 jours après, de renaissance totale, parce que mes médecins m’avaient permis d’entrevoir le fait que non je n’allais sans doute pas mourir dans 3 mois.

Même si j’aurais pu mourir écrasée par un camion entre temps, j’avais ce sentiment absolument incroyable que la vie coulait en moi et qu’il y avait encore tellement de moments à passer et de choses à faire dans cette vie.

Le fait d’être malade, de voir sa mort en face et de prendre conscience qu’on peut la perdre du jour au lendemain cette vie, moi ça a changé radicalement mon regard sur la vie.

En fait ça m’a fait sortir de la caverne je crois, puisque je voyais ma vie défiler face à moi, sans savoir forcément ce que je voulais vraiment profondément dans la vie, ce que je voulais vivre dans cette vie. J’ai pris conscience que cette vie, ma vie, il n’y en avait pas deux ; depuis je sais beaucoup mieux ce que je veux, ce que j’aime, ce que j’aime faire, les combats que j’ai envie de mener, les causes que j’ai envie de faire avancer.

Le fait d’avoir eu cette prise de conscience, se dire ça peut s’arrêter du jour au lendemain, et bien ça donne encore plus d’énergie pour se dire « je l’aurai vécue jusqu’au bout et j’aurai fait tout ce que je pouvais pour la vivre du mieux possible cette vie. »

J’ai fait de la chimiothérapie. Cette période si j’ose dire, a été une des plus heureuses de ma vie de l’époque.

Pendant la chimio, j’ai découvert ce que c’était que prendre le temps de vivre, de profiter de ses proches, de prendre soin de moi.

J’allais faire les chimio avec ma maman, et la cour de l’hôpital St Louis était magnifique… je prenais le temps d’y faire des siestes au soleil… c’était bon ! C’était des moments totalement improbables que je ne me serais jamais autorisée avant, avec ma mère on n’aurait jamais pris le temps d’aller se faire une sieste au soleil.

Cette période a duré 6 mois et ensuite je suis retournée travailler, avec une autre conscience… conscience que j’étais chanceuse d’être en vie, que j’aimais la vie et que je voulais faire autrement.

Je me suis aperçue que les liens que j’avais avec mon mari, avec mes deux enfants, avec ma mère, avec mes frères et soeurs, avec mes amis, ces liens-là, c’est ce qui donnait beaucoup de sel à ma vie, et c’est ce que j’avais de très précieux dans ma vie.

J’avais une collègue qui a eu un cancer du sein en même temps que moi, et ensemble nous nous sommes partagées les bons tuyaux sur ce qui nous aidait à mieux vivre notre maladie, nos traitements (maquillage, acupuncture, massages, Qi Gong…).

C’est alors qu’est venue l’idée d’un livre pour aider les personnes en partageant nos découvertes, nos enseignements.

La littérature, comme la philosophie ont été des passions dans le passé, et c’était pour moi l’occasion de m’adonner à cette passion et de réaliser le rêve d’écrire un livre. Ce livre a été édité chez Albin Michel et on y trouve aussi des témoignages de médecins, thérapeutes, et autres personnes rencontrées sur nos chemins. Ce livre est très pragmatique et montre que dans les parcours de guérison il n’y a pas de bonne solution.

Nous avons écris ce livre à 4 mains.

Ma collègue, elle avait continué de travailler parce qu’elle en avait besoin, parce que c’était important pour elle ; moi j’ai senti au fond de moi qu’il fallait que j’arrête de travailler, qu’il fallait que je profite, que je sois avec mes enfants et mon mari pendant cette période-là. Je me suis écoutée et ça a été bon.

Elle, elle se montrait sans sa perruque à sa proche famille, moi je gardais toujours ma perruque. On avait fait des choix très différents.

La chose qu’on voulait montrer c’est qu’il n’y a pas une seule bonne réponse quand on vit une maladie comme ça. Il y a les réponses qu’on apporte en fonction de ce qu’on est, de ce qu’on a envie de faire ; le plus important selon moi, c’est de s’écouter.

C’est ce qu’on voulait partager, qu’il y a plein de manières de vivre cette maladie là ; ça a été une période passionnante, ça m’a permis de donner un autre sens à cette maladie.

Il y avait le sens que j’avais donné en passant beaucoup plus de temps avec mes proches, puis en redécouvrant ce que j’aimais dans la vie, et il y a eu ce sens aussi, en donnant aux autres, des conseils ; j’ai découvert le moteur très puissant qui est, de faire des choses pour les autres, de donner aux autres.

C’est vraiment un moteur extrêmement puissant pour ouvrir des portes, oser des choses, oser écrire, oser envoyer mon manuscrit à un éditeur, je l’ai fait parce que j’avais envie d’aider les autres.

Malgré la reprise de mon travail, une petite voix me disait souvent « tu vas bien, mais attention, ça peut revenir … » ; j’avais donc le souci de continuer à prendre soin de moi.

Je me disais aussi que je ne voulais pas me réveiller dans 15 ans en réalisant que je n’avais pas eu de job passion, avec du sens, et surtout sans avoir donné du temps, de l’attention à mes enfants, pour favoriser la paix dans le monde.

Car pour moi, nous créons des ilots de joie, de sérénité et nous les diffusons pour donner du peps aux autres. Je voulais créer cela pour moi et avec mes enfants...

J’ai en parallèle fait un travail sur moi en analyse, et cela m’a aidé pour libérer mes désirs, m’autoriser à aller vers ce qui me passionne, me lâcher, ouvrir des portes, prendre conscience, accepter ce que je suis, qui je suis…

Ainsi, après 1,5 ans de retour dans mon job de conseil, j’ai changé de boîte, mais toujours dans le conseil.

Et puis plusieurs années après, je me suis dit qu’il me fallait autre chose, mais sans savoir quoi exactement.

Je voulais participer à la défense du climat, avoir une liberté pour faire ce que je voulais, et toujours avoir du temps pour mes enfants.

J’ai donc monté ma boîte sur la transition écologique, et je me suis également présentée en 2020 sur une liste électorale pour les élections municipales de ma ville !

Je crois que ce chemin qui me mène vers l’essentiel, vers ce qui me fait du bien, a été ouvert grâce à la maladie.

J’ai découvert qu’il fallait d’abord prendre soin de soi pour pouvoir prendre soin des autres, je n’avais jamais perçu cela avant. J’avais des passions, mais je ne trouvais pas le temps de m’y consacrer.

Ces prises de consciences d’il y a 10 ans maintenant ont permis de m’ouvrir toutes ces portes ainsi que celles à venir que je ne connais pas encore !